Galerie des Modernes

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Serge Poliakoff

Tachisme, Abstraction, Gouache

(Moscou, 1900 – (Paris, 1969

Serge Poliakoff

Serge Poliakoff, né à Moscou en 1900, a peint une œuvre faisant partie des plus notables de l’art abstrait, et donc de l’art moderne. Petit, sa mère l’emmenait tous les jours à l’église. Poliakoff y admirait les icones, leurs couleurs, la juxtaposition des espaces et le silence que leur contemplation exigeait. Sa mère l’obligeait également à pratiquer d’un instrument, si bien que Poliakoff, à l’âge de douze ans, maitrisait déjà parfaitement la guitare. Dés 1914, Poliakoff s’inscrit à l’école de dessin de Moscou. Avec la Révolution Russe de 1917, Poliakoff quitte la Russie et arrive à Constantinople en 1920. Commence alors une période de nouvelle plénitude retrouvée, faisant oublier les années moscovites. Le futur grand peintre joue dans un orchestre et gagne sa vie en tant que guitariste. Avec son quartette, il voyage partout en Europe : Belgrade, Sofia, Vienne et Berlin. Poliakoff arrive à Paris en 1923. Il fréquente alors la communauté artistique russe et joue dans les cabarets. Tout en jouant de la guitare pour gagner sa vie, Poliakoff commence à dessiner quelques dessins déjà abstraits, avant de décider de se consacrer pleinement à sa peinture dés 1929. Il fréquente alors l’Académie de la Grande Chaumière où l’artiste s’initie à l’anatomie en dessinant d’après nature. En 1935, Poliakoff joint la Société des artistes français et participe aux salons dans la section peinture. Dans son Autoportrait de 1933, on aperçoit un savoir-faire technique et une certaine liberté dans la facture par tout un jeu de hachures. A ce moment, Poliakoff utilise principalement la tempera, ce qui lui permet des effets variés, et ainsi de jouer sur l’opacité et la transparence, mais également sur la finesse et l’épaisseur de sa peinture en y ajoutant quelques fois du sable.

Ses peintures restent très académiques jusqu’à son séjour à Londres en 1935 où il découvre l’art abstrait et la luminosité des couleurs. A Londres, Poliakoff continue ses études, et se rend régulièrement au British Museum où il découvre la technique de superposition des couleurs utilisée pour peindre les sarcophages égyptiens. Il s’intéresse également aux Primitifs flamands, à Gauguin, Seurat, Cézanne, ou plus contemporain à Paul Klee.

En 1937, Poliakoff retourne à Paris et commence ses premières recherches sur l’abstraction qu’il a découverte à Londres. A cette époque, Poliakoff rencontre Kandinsky qui lui fait par de son envie de développement et de renommée internationale de l’abstraction. A ce moment, Poliakoff réalise ses premiers tableaux non figuratifs. Dès 1938, Poliakoff se lie d’amitié avec les Delaunay, Robert et Sofia, et rencontre chez eux Otto Freundlich.

A cette même époque, ses premières toiles abstraites sont exposées. La galerie Le Niveau organise une exposition collective qui rassemble des œuvres de Derain, Utrillo, Lhote, Kisling, Braque, Dufy et Vlaminck. L’œuvre abstraite de Poliakoff, se démarquant des autres, se fait alors remarquer. Sa peinture abstraite ne l’empêche cependant pas de réaliser quelques toiles figuratives. Mais ses premières gouaches abstraites de 1937 ouvrent définitivement le champ à une autre conception de la peinture, à la responsabilité des formes et des couleurs.

Après la guerre, Poliakoff élabore progressivement son art qui se définit par le recouvrement de couleurs et par de formes irrégulières. Il est très vite reconnu comme l’un des peintres majeurs de l’Abstraction de l’Ecole de Paris. L’artiste donne une version singulière et unique de l’Abstraction, éloignée du stricte géométrique et de l’improvisation gestuelle.

Poliakoff participe au Salon des Indépendants deux années de suite, en 1940 et 1941. On voit entre les deux Salons une nette évolution de son œuvre. La première année il présente La Seine à Neuilly peint en 1938 et Le Pont du Carrousel l’année suivante, peint en 1940. On aperçoit un changement notamment dans la technique, le passage d’une matière épaisse à un traitement plus large. Dans le second tableau, la perspective s’efface, tous les éléments se présentent sur un même plan.

A Paris, les années d’après guerre sont propices au développement de l’art et aux manifestations artistiques. Poliakoff multiplie sa présence dans les expositions collectives et salons exposant de l’abstraction, comme le Salon de Mai et le Salon des Réalités Nouvelles. En 1946, Poliakoff participe au Salon des Surrindépendants et expose une de ses toiles à la polychromie éclatante qui sera saluée par la critique. Poliakoff, à cette époque, trouve ses toiles encore trop décoratives. Il atténue alors sa palette jusqu’à la presque monochromie. Ses compositions sont alors animées soit par les lignes, soit par un seul camaïeu dominant. Poliakoff explore les possibilités d’une couleur presque unique. L’année suivante, Poliakoff reçoit le Prix Kandinsky qui récompense un artiste abstrait.

Dans les années 1948 – 1949, Poliakoff poursuit ses recherches techniques et picturales qui vont aboutir sur ce qu’il appelle le « Silence Absolu » qui repose sur deux principes : la ligne verticale est mouvante et la ligne horizontale est tracée sur un horizon demi circulaire. Même poussant encore plus loin l’abstraction, la nature n’est jamais vraiment oubliée dans sa peinture : « Notre juge est notre œil, mon maitre est la nature ». Elle intervient toujours mais comme fondement d’une perception de l’horizon.

Dans ces années là, entre 1946 et 1952, Poliakoff multiplie ses expérimentations plastiques. La ligne souligne certaines formes, d’un coup de pinceau discret sans les perturber. Sa présence peut presque passer inaperçue. Ce n’est pas la forme dessinée qui est colorée, c’est la couleur qui produit sa propre forme. Poliakoff donne une nouvelle conception de la nature. Il affirme sa singularité en tant que peintre abstrait de l’Ecole de Paris. Il se détache des tendances picturales pour méditer sur la pate et la couleur. Son style lui vaut une renommée croissante, notamment grâce aux expositions collectives et personnelles. Il acquiert une notoriété internationale grâce à la galeriste Denise René qui organise des expositions en Europe. L’exposition personnelle que lui organise la Galerie de l’Esquisse est une véritable révélation de l’artiste pour le public et la critique.

En 1951, Poliakoff participe à l’exposition organisée par la Royal Academy à Londres consacrée à l’Ecole de Paris. La même année 1951, Poliakoff passe aux grands formats. Ceci traduit son besoin de laisser s’exprimer le jeu des formes et des couleurs plus largement et plus clairement sur la surface. La matière-couleur confère son évidence à la forme. Pour le peintre, chaque forme a deux couleurs, une intérieure et une extérieure. Ses toiles illustrent la concentration, la mesure et la sérénité du peintre.

Un seul tableau de Poliakoff vient ponctuer de son éclat et dominer un groupe, un salon ou une exposition collective. Poliakoff a passé sa vie à approfondir ses recherches sur la matière. La qualité de ses rouges est saluée par la critique, ainsi que ses alliances aux jaunes orangés et noir profond. Poliakoff c’est l’accomplissement incontestable d’une œuvre monumentale.

En 1962, la Biennale de Venise dédie une salle entière réservée à ses peintures. En 1965, le couturier Yves Saint-Laurent signe une robe Mondrian et une robe Poliakoff.

En 1970, le Musée d’Art Modern de la ville de Paris organise une première exposition de l’artiste, ainsi qu’une importante rétrospective de son œuvre abstraite en 2013 avec pas moins de 150 œuvres réalisées entre 1946 et 1967. 

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