Galerie des Modernes

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Maria Helena Vieira da Silva

Cubisme, Futurisme, Art Abstrait

(Lisbonne, 1908 – Paris, 1992)

Maria Helena Vieira da Silva

Maria Elena da Silva est née dans une famille aisée de Lisbonne : le grand père avait été le fondateur du Seculo, le plus important journal de Lisbonne, son propre père était un économiste, auteur de traités sur le sujet, mais il mourut alors qu’elle n’était âgée que de deux ans. Elle fut ensuite élevée par sa mère et une tante, qui la destinèrent aux arts. Elle fit de nombreux voyages durant son enfance, en France, en Suisse ainsi qu’en Angleterre. A cette époque, elle acquit aussi le goût de la musique qui joua un grand rôle dans sa vie. Elle commence à dessiner à l’âge onze ans, et à aborder la sculpture à seize ans.

Elle arrive à Paris à vingt ans, où elle fut l’élève de Bourdelle et Despiau, à l’Académie de la Grande Chaumière. La même année, elle visite l’Italie et a la révélation de la peinture siennoise, à la suite de quoi elle s’inscrit à l’Académie Scandinave de Paris, comme élève de la peinture de Dufresne, Friez, Waroquier, puis fréquenta l’Académie de Fernand Léger et l’atelier de gravure de William Hayter.

En 1930, elle se marie avec un peintre d’origine hongroise, Árpád Szenes. 

En 1931 se produit un événement en apparence sans importance mais qui allait s’avérer déterminant dans la genèse de son œuvre. Elle peint un pont transbordeur qui joua pour elle un rôle de révélateur, par ses structures architecturant l’espace, ses compartimentages, les morcellements du fond de mer et de ciel qu’il créait, lui ouvrant les yeux sur une architecture possible de l’espace – qui va poser les fondations de tout son œuvre future.

 En 1932, sans doute en vertu d’une modestie perfectionniste, elle fréquente l’atelier de Bissière à l’Académie Ranson et c’est peut être par son intermédiaire qu’elle rencontre la célèbre marchande de l’époque, Jeanne Bucher, qui expose ses œuvres dès 1933 sur les murs de sa galerie et qui présente ensuite régulièrement son travail. En 1936, elle reçoit une commande pour une décoration murale à Lisbonne puis une autre pour une université de Rio de Janeiro.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’artiste et son mari se réfugient à Lisbonne puis au le Brésil avant de revenir s'installer à Paris. La période de 1940 à 1947, au Brésil, fût décisive dans l’épanouissement de son langage pictural, bien que certaines peintures aient entretenu un lien avec la réalité, alors que ces rapports ne seront bientôt plus que d’essence poétique, comme dans trois grandes compostions : L’Atelier, La Forêt des Erreurs, Le Joueur d’échec. Ces trois peintures sont capitales dans l’élaboration du vocabulaire de Vieira da Silva. Si jusque là, lignes et entrelacs de lignes constituaient la trame de ce filet duquel elle piégeait les parfums et les gouts de la réalité sensible, c’est à partir de ce moment que ce tramage linéaire tend à se systématiser en damiers, qui vont devenir si caractéristiques du style de Vieira da Silva. Son travail est marqué par des thèmes qui s’enchainent, mais le langage poétique lui continue de se chercher.

Ce langage poétique, Philippe Solers en donne une bonne définition : « Ses tableaux nous parlent d’une sorte d’architecture fantastique entretenue dans un brouillard qui supprime toute référence à la réalité ; galeries minières, ponts suspendus, rocailles habitées aux alvéoles innombrables, sinuosités des rues des villes, la nuit… la caractéristique essentielle de ce spectacle est qu’il est habitable . La perspective elle-même des constructions de Vieira da Silva semble une invitée. On entre dans un labyrinthe… ».

À la fin des années 1950, Vieira da Silva acquert une renommée internationale pour ses compositions denses et complexes, influencées par Paul Cézanne, avec des formes fragmentées, des ambiguïtés spatiales et une palette de couleurs restreinte, issue du cubisme et de l'art abstrait. Ces linéaments empruntés au monde réel et intégrés à une pratique picturale de tendance non figurative constituent certains des éléments caractéristiques de la définition du paysagisme abstrait, mouvement plastique à la tête duquel elle s'est rapidement retrouvée.

Elle est considérée comme un des plus importants artistes de l'art abstrait d'après-guerre bien que sa peinture ne soit pas purement abstraite. Ses œuvres axées sur les lieux de passage comme les ports, les carrefours, les rues, les gares (gare Saint-Lazare, 1949), rideaux, fenêtres ou portes où tout s'emmêle, où rien ne commence rien ne finit, où progressivement l'angoisse émerge au fil du temps, ressemblent souvent à des villes labyrinthiques ou même à des rayonnages de bibliothèque, allégories d'une quête éternelle de connaissance et d'absolu.

Elle a gagné un prix de peinture à la biennale de São Paulo en 1961 et a reçu le Grand Prix National des Arts du gouvernement français en 1966 (elle fut la première femme à être ainsi distinguée). Elle a été nommée chevalier de la Légion d'honneur en 1979. Vieira da Silva fait également partie des peintres réunis pour l'exposition "L'envolée lyrique, Paris 1945-1956" présentée au musée du Luxembourg (Sénat), avril-août 2006 (La Ville de Sindbâd, 1950; Le Port, 1953, du Musée de Cologne; Composition 1955, 1955).

Vieira da Silva, l’un des peintres les plus importants de sa génération, donne cette rare leçon de s’être consacrée à la peinture, sans avoir prétendu à aucun rôle novateur. Son style pictural propose un espace qui combine réseaux et mosaïques dans des compositions aux perspectives fuyantes. Elle est considérée comme l'un des chefs de file du mouvement esthétique dit du paysagisme abstrait. Sa peinture, au delà d’une apparence formelle discrète à tous points de vue, fonde ouvertement son existence sur son contenu poétique. Elle est morte à Paris le 6 mars 1992.

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