Galerie des Modernes

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Man Ray

Dada, Surréalisme, Photographie, Solarisation, Rayographie, Montparnasse

  • Sans Titre (Cache Sexe)
  • Sans Titre (Cache Sexe)

Man Ray

(Philadelphie, 1890 - Paris, 1978)

Sans Titre (Cache Sexe), 1965

Objet trouvé détourné et peint
Peinture noire sur pierre agglomérée roulée par la mer
Signé, daté et situé au dos Man Ray / 1965 / CADAQUES
8 x 10 x 1,5 cm

Œuvre unique exécutée à Cadaqués en 1965 présentée sur un socle en plexiglass

 

Provenance    :
- Man Ray, son atelier et domicile situé n° 2 bis, rue Férou, Paris 6e 
- Collection Peter Adam (1929-2019), Paris, offert par Man Ray circa 1972
- Collection privée, France 

Bibliographie    :
- Mémoires à contre-vent par Peter Adam, éditions La Différence, Paris, 2010, mentionné et décrit à la page 294
- Inscrit dans les archives du Man Ray Expertise Committee pour le Catalogue of Objets and Sculptures of Man Ray, actuellement en préparation

 

A l’été 1965, Man Ray en compagnie de Juliet son épouse, passent des vacances en Espagne à Cadaqués. Le couple y retrouve leurs amis Marcel Duchamp et sa femme Alexina, ainsi que Salvador Dali et son épouse Gala. Dali s’installa dès 1930 dans une petite maison de pécheurs à Portlligat, à côté de Cadaqués, qu’il modifia et agrandit au fur et à mesure des années ; il y travailla et vécu jusqu’à la mort de Gala en 1982. Duchamp quant à lui, visita Cadaquès pour la première fois en 1933 en fit sa résidence d’été de 1958 jusqu’à son décès en 1968. Man Ray aimait à séjourner à Cadaquès où il jouait aux échecs avec Duchamp.

MAN RAY, Autoportrait, Cadaquèé, 1965 - Photo, Coll. MNAM, Paris

MAN RAY, Juliet Man Ray, Cadaqués, 1965 - Photo, Coll. MNAM, Paris

MAN RAY, Alexina et Marcel Duchamps, Cadaqués, 1965 - Photo, Coll. MNAM, Paris

 

Sur la plage, à l’été 1965, Man Ray découvrit un tesson de céramique patiné par la mer, tel un galet et dont il fit naître notre objet, qu’il détourna un peu selon le procédé du Ready-Made. Ce petit objet « talisman » décline des thèmes chers à Man Ray, l’érotisme et l’humour. 
Peter Adam, documentariste pour la BBC (de 1968 à 1989), réalisa au début des années soixante-dix un film documentaire sur Man Ray. Dans son autobiographie qu’il publia en 2010, Peter Adam raconte sa rencontre avec Man Ray : « Une des émissions qui me procura le plus grand ravissement fut mon film sur Man Ray (pour la BBC en 1972). Une entreprise aussi surréaliste que le sujet. Man ray se protégeait de toute intrusion et je mis longtemps avant de le persuader de m’accorder un entretien. (…) Son grand atelier ressemblait au laboratoire d’un alchimiste. (…) Pendant que la caméra tournait, Man Ray feignait de ne pas la remarquer. Il me fit visiter son atelier, il expliqua comment il avait trouvé son célèbre fer à repasser et fixé les clous dessus. (…) Il n’était pas toujours facile de déterminer s’il était sérieux ou s’il plaisantait, il avait toujours l’âme du surréaliste. « On ne peut pas parler de progrès dans le domaine de l’art, tout comme il n’y a pas de progrès dans l’acte d’amour, seulement différentes façons de le faire, il faut à chaque fois essayer quelque chose de différent. Je ne pense jamais à l’art. Pour moi la création est la quête du plaisir et de la liberté. »  (…) Je lui demandai ce qui lui avait donné le plus de satisfaction dans la vie. « Les femmes », me dit-il mettant brusquement fin à l’entretien.
Je quittai son atelier exultant de joie. J’emportai avec moi l’image d’un clown sérieux, qui avait posé une baguette sur sa tête et tiré la langue à la caméra. Dans ma poche, je transportai une petite sculpture d’un pied, fait à partir d’un galet qu’il avait ramassé sur une plage et peinte. Ce cadeau qu’il m’avait offert portait une inscription : « Cadaqués 1965, Man Ray ».

En 2009, je fus invité à présenter mon film sur Man Ray à l’académie des Beaux-Arts de Londres. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle comble. J’acceptai avec gratitude les applaudissements et les nombreuses questions. Serais-je devenu moi aussi un monument du passé ? » Peter Adam, Mémoires à contre-vent, éd. La Différence, Paris, 2010, pages 292 à 295.

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